Un jour, à Gent, je suis entrée dans une église. Paraissait qu'il fallait que je voie un truc. Je suis rentrée de bon gré, autant l'Eglise avec un grand E c'est pas ma came, autant j'aime visiter les églises, leur architecture, leur calme, les pierres témoins, imaginer les fidèles pieds nus d'un autre temps. Mais voilà, une fois dans l'église, fallait payer deux euros pour accéder à la chapelle. Je m'énerve, par principe, je me dis que c'est bon je m'en fous du truc à voir je vais pas payer point barre. Surtout que je vois qu'il y a des casques audio à disposition, de ceux qu'on trouve dans les musées, et que j'ai toujours été horripilée par ces machines qui guident les touristes comme des troupeaux, en leur soufflant à l'oreille ce qu'il faut voir et combien de temps il faut le regarder. Et puis finalement je sens que le flan que je m'apprête à faire est mal placé, alors je donne crânement une pièce de deux euros, en snobant les oreillettes, et je rentre blasée dans la chapelle. J'y trouve un retable, de grands panneaux de bois peints, 5 mètres sur 4, qui peuvent se refermer sur eux-mêmes. Au premier coup d'oeil, ok, encore un truc avec le Tout-Puissant (
celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom) qui voit tout et punit tout, colombe, agneau blanc, bling-bling et compagnie...
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| Retable ouvert |
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| Retable fermé |
Et puis je m'approche, je plonge, et le nez me picote, je sens les larmes monter. C'est une œuvre incroyable, avec un taux de détail époustouflant.
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| Là par exemple, une vue par la fenêtre de chez Vierginette à qui on annonce qu'elle va être maman, on se dit qu'ils se sont pas moqués, ils ont fait une vraie ville. Mais si on se penche par la fenêtre, voilà ce qu'on voit : |
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| Ouaips, ça papote sec dans la rue, c'est pas le tout une annonciation à la Vierge, mais j'te raconte pas l'affaire que j'ai faite au dernier marché à la laine (roh, j'aurai bien aimé qu'tu m'racontes). Notez l'échelle, ils ont peint au microscope. |
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| Un autre détail, toujours chez Vivi. Trop occupée à bloquer sur les plis du tissu (mille coups de pinceau), j'avais même pas vu la carafe, dans le fond (quelques coups de pinceau, et c'est tout aussi beau). |
Ce qui m'a touché, c'est que les personnages des foules expriment tous une personnalité différente, on y voit des sourcils froncés, des pieds sales, des veines qui courent sous la peau, l'Homme est représenté dans sa réalité, et c'est ce qui le rend beau.
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| L'avant dernière mitre à droite ne me dit rien qui vaille. |
Il y a la Nature aussi, ici un chemin dans lequel je me suis perdue, là ces fleurs intemporelles, les mêmes qu'aujourd'hui, finalement au dessus des modes éphémères des atours dont on s'apprête en fonction des époques.
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| Les fleurs dans le bas du pré, juste quelques tâches, comme de l'impressionisme avant l'heure (vu le reste du tableau, on peut pas les accuser d'avoir fait ça pour bacler parce-que c'était l'heure de manger et qu'ils avaient faim). |
Alors bien sur on pourrait trouver à titiller, certains sujets ont l'air curarisés, et Eve a des soucis d'intolérance au gluten, mais ce jour là j'ai pris une claque, j'ai arrêté de faire ma maline et je me suis dit "This is a chef-d’œuvre".
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| Le doigt glissé pour pas perdre la page, c'est le passage qu'elle préfère. |
Les photos sont tirées de
ce site, ils ont fait des photos megapixellisées, agrandissables à souhait pour voir du détail dans le détail, et des photos à infrarouge, qui permettent de voir les esquisses et les retouches, sous le vernis et les couches épaisses.
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| On peut même s'amuser à simuler un frotti-frotta entre Eve et Adam. |
Christine et Clara, vous qui allez bientôt en Belgique, moi j'dis ça, j'dis rien, hein.
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