4 juin 2014

Pas de problème

Un peu de matchématchiques, ça vous dit?
Promenons nous dans l'allée Algèbre, du côté des Multiplications. Qu'est-ce-qu'on y trouve, par chez nous? Des tables à apprendre par coeur, des chiantes parce-que trop faciles (1x1  1, 2x1  2, 3x1  3 pfff, je suis vraiment obligée?), des chiantes parce-que trop difficiles (8x7 euh, attends, 6x8  48, +8  56?), enfin bref de celles qu'on trouve au dos des vieux cahiers de brouillon, qu'il a fallu se taper avant d'attaquer la multiplication de nombres à plusieurs chiffres, l'un au dessus de l'autre, je tire le trait, je pose et je retiens, voilà maîtresse le résultat.
C'est comme ça qu'on a appris et c'est comme ça que les enfants d'aujourd'hui apprennent. Ici en tous cas, parce-que dans certains ailleurs on trouve d'autres méthodes.
Au Japon, par exemple, on pose pas les chiffres les uns au dessus des autres, mais on les dessine les uns perpendiculaires aux autres, et on compte les intersections, de gauche à droite, ici 1, 5 et 6, ça fait 156 :


Bien belle méthode, à mon avis, mais qui trouve ses limites quand on doit calculer 897562x328941, gros bazar graphique en perspective.
Pour ça il existe une autre méthode, qui vient du Moyen-Orient / Moyen-Age (l'âge d'or). Là on trace un tableau, on écrit les nombres à multiplier en haut et à gauche, et dans chaque case on tire une diagonale et on calcule le produit de la ligne et de la colonne correspondante. Par exemple ici, dans la première case on a 8x4, ça fait 32, un 3 et un 2 de chaque côté de la diago. Une fois toutes les cases remplies, pour chacune des diagonales du tableau on fait la somme, en commençant par la diagonale la plus à droite, et on a le résultat final. Je sens bien que je me suis embourbée dans les explications, mais si on regarde c'est plus facile :

Bon, faut quand même gérer un minimum ses tables, les minots peuvent pas y couper.
Tu remarqueras aussi que le 34 à gauche est écrit de bas en haut.

Pour moi c'est de la magie. Les deux méthodes.
On dit en linguistique que la langue parlée modèle la façon de penser (on en a reparlé ce week-end, en tahitien par exemple la conjugaison de type passé, présent et futur n'existe pas, il n'y a que deux temps, ce qui a été fait, et ce qui reste à faire), je me demande dans quelle mesure la façon de calculer joue un rôle.
Y'a pas si longtemps j'ai lu un bouquin de Daniel Tammet sur la poésie des nombres, L'éternité dans une heure que ça s'appelle (merci Blake). Daniel Tammet, pour vous situer, c'est celui qui a récité par coeur plus de 20000 décimales de π, et qui a appris à parler couramment islandais en une semaine... Pour lui, les chiffres forment un paysage, et pour ressortir les décimales de π, il lui suffisait de se promener dans ce paysage et de dire ce qu'il voyait. Beau livre, qui mêle les chiffres à la littérature et à la poésie.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire