6 septembre 2011

Bestiaire

Il est dit dans les annales de psycho 1958 que l'expérience de la parentalité nous renvoie à notre propre enfance (ah tiens, pas de chapitre sur le caca vert qui déborde de la couche jusqu'aux omoplates, ah tiens rien non plus sur les nuits tronçonnées qui te laissent la mine fraîche et le cheveu bien repassé).

C'était il y a quelques jours, le soir, les deux zigotos excités comme des puces au moment de se coucher, copains comme cochons, concours de saut sur lit, à rigoler comme des baleines (sûrement un prout). Il est tard, une fois de plus je les couche trop tard, bientôt la rentrée, rah j'ai merdé il faut qu'ils s'endorment vite, qu'ils reprennent le rythme. Sous le poids de la culpabilité, je commence à lâchement m'énerver. Au moment où j'hausse le ton, les regards des deux frangins se croisent, et de cette étincelle jaillit un magnifique fou-rire.

Ce rire irrépressible, qui tire sur le gloussement, je le connais. Ce fourreau de complicité, je m'en souviens. Quand les liens, sous l'effet de l'excitation  nerveuse, se tissent pour former un cocon d'invincibilité. A ce moment là on est plus fort que tout, rien à craindre de cet adulte qui nous dit de nous calmer, c'est si bon d'être ensemble et de se comprendre. Même si on sait qu'on est un peu dans l'interdit, surtout si on sait qu'on est dans l'interdit. Cette joie protectrice, je l'ai vécue gamine, je l'entends encore ce grand, il nous faut arrêter de glousser comme des poules. Hihihi. Et voilà, aujourd'hui cette joie je la touche depuis l'autre côté, le camp de la raison.

Raison, mon cul, oui. Le rire leur va si bien, ils font plaisir à voir, tous dorés de l'été, heureux, légers, vivants. Qu'est-ce-que je les aime. Riez, mes fils, vos rêves n'en seront que plus beaux.

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